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Ces réalités que le postmodernisme dissout dans le langage et l’ironie
Derrière les rêveries métisses de Senghor, se camouflait en fait un rêve bien plus sérieux, celui d’un vaste Empire français. Obsédé par la destruction des nationalités et nostalgique des empires cosmopolites passés, Senghor n’envisageait sérieusement qu’une seule chose, ‘un idéal commun’, une ‘commune raison de vivre’ au sein d’un Empire, ‘L’Empire français’. C’est au nom de la Civilisation de l’Universel que Senghor flétrit le principe des nationalités ; aussi voit-il dans le nationalisme une ‘arme périmée’, ‘un vieux fusil de chasse’.
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Bilan de la décolonisation
Les classes dominantes d’Afrique subsaharienne s’inclinent sans aucune protestation au nouveau droit du plus fort. Elles théorisent même cette situation par deux traits. Le premier trait de cette option générale se voit chez Bidima qui propose, au nom de l’ouverture à un possible indéterminé, de se désintéresser de ce que le marché (sous la forme d’échange, de l’équivalence et de la vente) fait à l’espace africain. La seule chose à faire est de ruser car le marché et l’Etat étant puissants, il faut miser sur le principe d’économie qu’est la ruse (Mètis) et guetter le lieu propice pour dire ou pour agir. Un deuxième trait de ce choix de s’incliner devant l’ordre des puissants comme il va se voit dans la sacralisation par Daniel Etounga Manguelle et Achille Mbembe de la propriété privée et des droits des riches et des nouveaux possédants appelés ‘entrepreneurs’.
Dans Réflexions sur l’esclavage des nègres, Condorcet critique déjà l’utilitarisme de la société de criminel désirée par Bidima, Bayart et Mbembe fantasmant un capitalisme africain qui naisse du crime. La criminalisation de l’espace désirée par Achille Mbembe signifie qu’il croit peu aux droits de l’homme dont il prétend par ailleurs être un des hérauts en Afrique subsaharienne. Que sont les droits de l’homme selon Achille Mbembe, sinon le droit d’exploiter ou d’être exploité, d’être exclu ou d’être surexploité au nom des intérêts supérieurs de ‘l’homme nouveau’ africain de demain attachés aux droits individuels et à la propriété privée.
Bernard Lugan : La décolonisation a été une erreur fondamentale
En résumé, les thèses défendues par Daniel Etounga Manguelle (L’Afrique a-t-elle besoin d’un ajustement culturel ? Paris, Actes Sud. 1993) et A. Mbembe reprennent de façon fidèle, jusqu’au pastiche, celles que leur mentor J.-F. Bayart défend depuis son ouvrage de 1979 sur l’Etat au Cameroun. Et ces thèses recoupent à la formulation près celles de Michel Camdessus du Fmi et de la Banque mondiale.
L’échec africain n’a rien à voir avec la dette, l’échange inégal, la faiblesse de l’aide. Les problèmes africains ont surtout leur racine dans les traditions africaines, notamment le refus de l’exploitation économique et la ‘politique du ventre’ qui en est le nécessaire corollaire. Quelques temps perturbés par la ‘parenthèse coloniale’, les atavismes ancestraux ont repris le dessus. Aussi les Africains doivent-ils s’en prendre à eux-mêmes, car le rôle de tiers ou des forces extérieures est marginal ou inexistant dans leurs difficultés.
Pour l’extrême droite africaniste, le colonialisme ne fut qu’une brève parenthèse novatrice faite de paix et de prospérité. Ainsi, selon Bernard Lugan, la décolonisation a été une erreur fondamentale : ’La colonisation apparaît comme un âge d’or pour les populations africaines…’ (Afrique. Bilan de la décolonisation, Paris Perrin 1991)
Bayart daube la thèse d’Amilcar Cabral soulignant que la domination étouffe le libre déploiement des forces productives du peuple dominé. Au contraire, Bayart tient à souligner qu’un peuple fait l’histoire nonobstant la domination. Il donne par là sa caution intellectuelle à l’entreprise de domination politique de l’Afrique en s’appuyant sur l’autorité de la science. (cf L’Etat en Afrique. Fayard 1989).
A.A.D
mardi 24 mai 2011
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